« J’ai vécu le confinement sans mon conjoint »

C’est l’été et avec le soleil les derniers mois peuvent paraître à la fois lointains et en même temps très présents. D’autant plus que la crise sanitaire du printemps n’est pas encore tout à fait derrière nous, même si le confinement est terminé. Pour les familles de militaires, ce temps de confinement a pu rajouter une difficulté aux absences et aux séparations habituelles. Les militaires ont dû, pour la plupart, continuer à servir la France, à travers leurs diverses missions. Beaucoup de conjointes ont dû – quant à elles – faire face à un quotidien seule. Nous avons recueilli plusieurs témoignages de femmes qui ont vécu ces deux mois sans leur conjoint. Entre le télétravail, les enfants, l’école à la maison, ou l’isolement social, chacune d’elles a traversé cette période à sa manière, avec plus ou moins de difficultés, et en a tiré des leçons. Elles ont bien voulu les partager avec nous !

Une séparation particulière

Les conjointes de militaire sont évidemment habituées aux longues absences. Mais le confinement a rajouté pour beaucoup une difficulté supplémentaire, celle de ne voir personne d’autre pendant plusieurs semaines. Lorsque l’on est seule, les moments de ressources avec les proches sont comme des bulles d’air qui permettent de se changer les idées, de revenir requinquée à la maison et d’assumer le reste, avec ou sans enfants. Avec le confinement, ils étaient pratiquement impossible à trouver ! Ainsi ce temps a pu apparaître comme une nouvelle épreuve pour les couples de militaires. Vanessa, dont le conjoint à dû rester confiné au régiment durant 3 mois et demi nous en fait part: « L’absence est toujours aussi difficile. Et à cause du confinement, je ne pouvais pas sortir et voir mes amis. ». « Malgré tout, cela nous a rapproché, et nous avons trouvé des alternatives pour toujours garder une forte complicité et son retour à la maison était encore plus fort ».

Un temps de séparation forcé deux fois plus long que prévu !

Pour Alizée, le confinement a prolongé la séparation de deux mois supplémentaires, ce qui est particulièrement difficile à vivre lorsque l’on est un jeune couple. Pour elle le confinement a d’abord été une épreuve. Mais elle a permis – avec le recul – d’approfondir très concrètement leur relation de couple et de le renforcer. « J’habite à Rennes chez mes parents, et lui sur Brest. Avant le confinement Julien était en mission de deux mois et quand il est rentré le confinement avait commencé depuis une ou deux semaines… Conclusion, comme nous étions à plus de 300 km l’un de l’autre, nous ne nous sommes pas vus pendant 4 mois. Cette période de mission combinée à ce confinement nous a démontré que nous pouvions résister à la distance. En effet, savoir qu’il était de retour sur le territoire et ne pas pouvoir le voir à cause de ce confinement était très dur pour nous. Pour être honnête nous avions très envie de “frauder” et faire la route pour se retrouver car ça devenait très compliqué à vivre, mais grâce à notre communication et à notre entourage, nous avons gardé la tête froide et résisté ! 

Nous avons donc découvert une force en plus dans notre couple. En parlant de cette situation avec plusieurs couples, 90% de nos couples (amis/familles), ont avoué qu’ils n’auraient pas tenu. Alors nous sommes très fiers de nous. Les périodes d’absence et de distance sont très compliquées à vivre, cela crée des problèmes mais il y a toujours du bon à retenir de ces situations. Depuis début juin nous sommes enfin réunis et c’est un bonheur inexplicable ! Plus proche l’un de l’autre après chaque épreuve et pour un jeune couple comme le nôtre c’est rassurant pour le futur à venir ! Un pacs ? Un emménagement ? Des fiançailles ? »

Mieux confinée seule … ou à deux ?

Néanmoins, pour des couples habitués à être séparés, au sein duquel chacun a l’habitude d’être en autonomie, encore plus que dans les couples civils, le confinement et ses exigences a pu créer quelques tensions. Vivre à deux sous le même toit pendant plusieurs semaines d’affilées n’est pas uniquement source de bonheur. Roxane a eu deux sortes de confinements. La première partie s’est passée seule avec son petit garçon, et la deuxième avec son conjoint de retour de mission … et un quotidien finalement pas plus simple à gérer.

« Lorsqu’a débuté le confinement mon conjoint était en mission Vigipirate depuis un peu plus d’un mois déjà, il lui restait quelques semaines avant de rentrer. Nous sommes en pleine construction de notre futur chez nous, et en attendant nous vivons encore dans un studio étudiant d’environ 40m2 sans balcon. Cette situation commençait à créer des tensions dans notre couple. On se marchait sur les pieds, cela devenait insupportable. Son départ en Vigipirate nous a fait un grand bien.

Puis le confinement tombe et là je redoutais son retour après sa mission. J’espérais de toutes mes forces qu’il n’arrête pas de travailler, étant donné que moi-même j’allais être en chômage technique, car je ne pouvais pas télétravailler. Les premiers jours seule avec notre fils ont été très durs. Passer d’une vie active à rien, aussi brutalement, a été le plus dur à gérer. Nous avons cependant vite trouvé notre rythme avec mon fils, une fois la situation de confinement acceptée mentalement. 

Pour ce qui est des absences de mon conjoint, je n’ai aucun mal à les gérer. Au contraire, étant de nature très indépendante, je trouve que les choses sont plus fluides. Ainsi, plus le retour de papa approchait, plus j’appréhendais. Mon fils et moi étions en parfaite symbiose, à son retour il aurait fallu inclure mon conjoint, qui en plus est une vraie tête de mule !

Il est rentré le 1er avril. Ce fut un retour en douceur. Il a travaillé tout le long de la première semaine puis a eu 2 semaines de permissions pour ensuite reprendre normalement.  Nous étions toujours en froid, dû à notre situation de logement. Et, en plus, au cours des deux semaines de vacances, notre fils s’est brûlé avec du café et nous nous sommes retrouvés à l’hôpital une semaine, sans que son père puisse nous rendre visite, confinement oblige. Je lui en ai énormément voulu pendant le séjour à l’hôpital. Nous avions le strict minimum de contact, je lui répondais juste quand il demandait des nouvelles de notre fils. 

Rentrée de l’hôpital, je me suis dit que ça ne pouvait pas continuer ainsi. Même si avec l’armée j’essaie toujours de minimiser nos soucis, car je le vois tellement peu et qu’il a enchaîné énormément de longs départs en peu de temps, là je me suis dit que cette guerre froide durait depuis trop longtemps. On ne pouvait pas ne pas profiter du confinement ni du fait d’avoir enfin du temps pour parler. Donc nous avons décidé de parler. Nous avons peu à peu tout dénoué et pu profiter de la fin du confinement en nous retrouvant comme au premier jour. 

Aujourd’hui notre couple s’en porte beaucoup mieux et notre déménagement imminent rajoute un plus à tout cela. La communication est rétablie. Je pense que le confinement a sauvé mon couple car grâce à cela j’ai enfin trouvé le temps de m’y consacrer. »

Retrouvez nous cet été dans la suite de cet article, avec plus de témoignages encore, sur la communication et la famille pendant cette période particulière !