Femme de militaire : subir ou choisir ?

C’est vrai, on ne choisit pas le métier de son conjoint. On tombe amoureuse de l’homme, mais pas du militaire. D’ailleurs, une femme de militaire déteste entendre : « Enfin, ne te plains pas, tu l’as choisi ! ». Parce que son rythme de travail, ses départs, ses absences, on ne les a pas choisis. Et, parfois on a même plutôt l’impression de subir tout cela. Alors, au milieu de tout cela, existe-t-il la possibilité de faire un choix ? Dans quelle mesure peut-on choisir de dire oui à ce départ un peu à la dernière minute, à cette semaine de garde qui tombe à un moment inopportun, ou encore à cette mutation dans un coin de France jusque-là inconnu.

SUBIR

Nous avons rarement notre mot à dire en ce qui concerne le travail de notre conjoint. Et même s’il nous arrive de pouvoir s’arranger pour qu’il prenne ses vacances à tel ou tel moment, où d’éviter un départ pour qu’il soit présent pour la naissance d’un enfant, en règle générale, nous avons plutôt l’impression de subir son métier. Nous devons tout anticiper et toujours organiser notre vie comme s’il n’était pas là.

Subir c’est encaisser

Du jour au lendemain, on apprend qu’il doit bientôt repartir, alors qu’on pensait qu’il serait à la maison pendant quelques temps encore. On doit sans cesse encaisser les annonces de départ, les changements de programme, les gardes inopinés, sans avoir notre mot à dire. Les vacances, les réunions familiales, les grandes occasions, on ne peut pas choisir s’il sera avec nous ou non. On subit son absence, lors de la naissance de nos enfants, les anniversaires, ou encore dans les moments difficiles de la vie.

Subir c’est supporter

Supporter ses absences, la violence de certains départs, le stress du retour, la solitude, la fatigue liés aux enfants ou aux imprévus du quotidien. On peut souffrir parfois de cette situation. Mais je préfère me dire que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forte. A force d’enchaîner les moments d’absence et les coups durs liés au travail de militaire, on se forge une armure. Une armure qui peut avoir ses failles mais qui s’endurcit un peu plus chaque fois, sans que l’on s’en rende compte.

Subir, c’est accepter

Au fil du temps, on finit, non pas par s’habituer et ne plus rien ressentir, mais par accepter la situation. L’absence et les imprévus font partie désormais de notre quotidien. Il nous arrive même de regarder les couples « civils », ceux qui se voient tous les soirs, et ne sont jamais séparés, et se dire combien notre vie est différente, mais que pour rien au monde on n’échangerait sa place. Vivre avec mon militaire (ou sans lui), c’est vivre avec l’homme que l’on a choisi.

CHOISIR

Oui, il existe un choix. Un choix posé un peu à l’aveuglette au début, mais un vrai choix quand même.

Choisir, c’est s’engager

Quand on s’engage dans un couple, avec un militaire ou un civil, peu importe, la notion de choix est bien présente malgré tout. Le mot engagement envisage un choix, un renoncement. Choisir c’est renoncer. Nous avons renoncé, pour lui, à une vie ordinaire, avec peu de surprises. Mais nous nous sommes engagés à suivre notre conjoint. Nous décidons de le soutenir dans sa carrière de militaire, même si celle-ci nous dépasse, et parfois même, nous fait peur. Mais dans un monde où le moindre petit engagement fait fuir la plupart des gens, nous, conjointes de militaire, nous avons pris un engagement admirable, qu’il ne faut pas négliger.

Choisir, c’est assumer

Souvent on me dit : « mais ça doit être horrible, ma pauvre ! » Oui ce n’est pas toujours facile, oui parfois je n’en peux plus, et j’en veux à ceux qui prennent les décisions pour mon mari. Mais en même temps j’assume le choix que j’ai fait de vivre avec lui et de subir les aléas et les contraintes de son travail. Je ne savais pas tout, mais je l’ai choisi. Et j’attends qu’on me dise maintenant que je suis forte. Car même si je craque parfois, j’ai les épaules pour supporter le choix que j’ai fait.

Choisir, c’est être libre

Personne ne nous a forcé. Ce choix nous l’avons fait par amour. Et c’est un choix, qui malgré toutes les contraintes qu’il entraîne avec lui, nous rend libre. Il faut bien se dire que ce n’est pas parce que l’on choisit que c’est plus facile à vivre. La vraie question c’est de savoir si on regrette. Mais quand, après plusieurs années, on regarde en arrière et on se dit que malgré les absences, le manque, les bouleversements que notre vie de femme de militaire a impliqués, nous n’aurions pas fait d’autre choix que celui de suivre l’homme qu’on aime.