Huit choses sur les absences à ne pas dire à une femme de militaire

 « C’est passé vite sa mission, non ? »

Pour vous, peut-être, mais pour nous les périodes où nos hommes sont loin, sont les plus longues de toute notre vie. On vit notre vie bien sûr, on est bien obligés, mais on se retient de compter les semaines, les jours, parfois les heures. La journée se déroule, mais le soir on se rend compte à quel point le temps est long. Quand la mission touche à sa fin, on a l’impression d’avoir vécu une vie entière depuis son départ. Donc, non, ce n’est pas passé vite du tout !

« Tu le savais en te mariant »

Nous avons toute, au moins une fois, entendu cela. Je savais quoi au juste ? Qu’il était militaire ? Oui ça c’est certain. Qu’il partirait souvent ? Oui, ça aussi je m’en doutais. Mais je ne savais pas tout. Car on ne sait jamais tout sur son avenir, que l’on soit femme de militaire ou non. Avant que mon conjoint ne parte pour sa première OPEX, j’ignorais ce que j’allais ressentir quand il partirait, quand il serait loin. J’ai tout découvert sur le moment. J’allais devoir traverser ces quatre mois sans lui, mais je ne savais pas comment j’allais les vivre. Il y a eu des jours difficiles et d’autres plus faciles. On ne peut pas savoir ce que seront les absences tant qu’on ne les a pas vécues.

« Après tout ce temps tu dois être habituée aux absences ? »

Pas vraiment. Chaque absence est différente, et chaque départ se vit plus ou moins bien selon les circonstances du moment. On s’habitue à certaines choses, on se contente de certaines situations, mais je crois qu’on ne se fait pas à l’absence de notre conjoint. C’est ce qui fait toute la beauté de notre engagement. On ignore beaucoup de choses, mais on accepte les évènements comme ils viennent.  Cela ne devient jamais une habitude, et heureusement d’ailleurs, sinon la vie de couple à son retour n’aurait plus de sens. 

« A part les OPEX, il est tout le temps là non ? »

Ce serait tellement beau ! Mais non, il n’est pas tout le temps là. Les OPEX sont effectivement les absences les plus longues et les plus difficiles parfois, mais l’armée prévoit pleins d’autres réjouissances pour nos hommes. Il y a les gardes – un soir de temps en temps quand on a de la chance, toute une semaine quand on en a moins- les stages, les terrains, les encadrements de CFIM, les missions courtes durées… Donc c’est une belle légende de penser qu’en dehors des OPEX, nos hommes sont tout le temps à la maison. Après tout la devise du soldat c’est bien « en tout temps, en tout lieu », n’est-ce pas ?

« Tu n’as pas trop peur pour lui quand il est loin ? »

Si, parfois, mais j’essaye de ne pas y penser. Parce que si je passais quatre mois à me faire du souci pur lui, je ne vivrais plus. Je préfère me dire qu’il est simplement en déplacement longue durée plutôt qu’il risque sa vie tous les jours dans un pays en guerre. Il faut parfois savoir se protéger, surtout si l’on est de nature anxieuse.

« En même temps tu l’as choisi ! »

Oui c’est vrai, j’ai choisi mon conjoint, j’ai choisi de vivre avec lui. Mais je n’ai pas choisi son travail. On tombe amoureuse de l’homme, pas du militaire. Il se trouve que l’armée fait partie de sa vie, et si on l’aime suffisamment alors, on choisit de le suivre malgré cela. Et ça ne veut certainement pas dire qu’une fois le choix posé, c’est facile à vivre.

« Il y a des femmes qui sont faites pour épouser des militaires, et d’autres non »

Il existe une douce légende qui nous ferait croire que certaines femmes sont prédestinées à être femme de militaire. Je crois qu’en réalité, on ne naît pas conjointe de militaire, on le devient. On peut parfois avoir été fasciné par l’uniforme plus jeune, mais cela ne voulait pas dire qu’on savait ce que cela impliquait. Et heureusement d’ailleurs ! Je suis sûre qu’un grand nombre d’entre nous n’aurait jamais parié devenir femme de militaire. Nous avons nos faiblesses, notre propre sensibilité, nos angoisses personnelles parfois, et pourtant nous avons fait le choix à un moment donné de suivre cette voie. Mais rien ne nous prédestinait à faire ce choix-là.

 « J’ai entendu dire qu’il y avait eu une attaque … »

Nous n’avons pas tellement envie de savoir ça. Ce n’est pas nous voiler la face que de ne pas nous informer tous les jours de ce qui se passe sur les théâtres d’opérations. Si nous devons savoir quelque chose, notre conjoint nous le dira. Et puis si quelque chose de grave arrive à notre conjoint, c’est l’armée qui nous préviendra avant que l’info ne sorte sur les chaînes publiques.