Il m'annonce qu'il rentre dans l'armée

Il m’annonce qu’il rentre dans l’armée : suis-je prête à le suivre ?

Militaire …. ou pas militaire ?

Lorsque j’ai rencontré mon mari, il était encore étudiant. Il faisait des études dans le civil, et s’apprêtais à avoir un métier « normal », où il serait rentré tous les soirs auprès de sa famille. Les mois ont passés, nous sommes devenus un couple, et un de ses anciens désirs a pointé son nez. Celui de devenir militaire. Il ne savait pas encore si c’était bien ce qu’il souhaitait, ni par quel biais y parvenir. Pendant un an, il a réfléchi à la question, en mettant tout en place pour discerner son choix. Il s’est renseigné et s’est entraîné pour passer éventuellement des tests de rentrée à l’armée. L’année de réflexion est passée et les tests sont arrivés. La balle était lancée. Le désir de cette vocation militaire se faisait de plus en plus grand chez lui. Et quelque part, même si rien n’était encore certain, au fond de moi, je savais qu’on en arriverait là un jour.

Et moi dans tout cela ? Je me demandais ce que je devais faire si sa réflexion aboutissait de fait à un engagement dans l’armée. De ce côté-là, mon conjoint m’a toujours laissé très libre. Nous réfléchissions à un éventuel mariage, mais si je ne me sentais pas de le suivre, je pouvais dire non, et notre histoire pouvait s’arrêter là. Il me semblait pourtant difficile de renoncer à un homme à cause de son métier.

L’armée et moi

Etant fille de militaire, je connaissais un peu le milieu et la vue d’un treillis ne me faisait pas peur. J’avais encore en tête mes souvenirs d’enfance :  mon père rentrant du travail en bel uniforme, les arbres de Noël au régiment, les cérémonies… Vagues souvenirs, mais beaux souvenirs quand même. L’armée ne m’était pas méconnue, et j’en avais plutôt une image positive, voire prestigieuse. Mais être fille de militaire n’est pas la même chose qu’être femme de militaire. D’autant plus que ce qu’ont vécu mes parents ne ressemblent plus à ce que les familles de militaire vivent aujourd’hui. L’armée a changé, les absences sont plus nombreuses et les contraintes ne sont plus tout à fait les mêmes.

Je me suis donc posé plusieurs questions. Que l’on souhaite se marier ou non, choisir de vivre avec un militaire ne me semblait pas un engagement à prendre à la légère ! Et j’en suis toujours convaincue aujourd’hui. J’avais certes tout mon temps pour réfléchir, nous étions encore jeunes, mais je souhaitais me poser réellement cette question : étais-je prête à le suivre dans cette voie-là ?

Le laisser libre ….

D’abord je devais définir ma place dans ce discernement qu’était le sien. De quelle façon est-ce que je l’encourageais ? Le laissais-je libre dans ses réflexions ou au contraire l’incitais-je à oublier cette idée ? Si entrer dans l’armée était réellement son désir, je me devais de l’encourager, car je l’aimais, et ne souhaitais que son bonheur.

Et discerner de mon côté !

D’un autre côté, il fallait que je discerne pour moi. J’avais conscience qu’épouser un militaire allait m’entraîner à faire des sacrifices. Je savais bien qu’un militaire doit pouvoir faire passer l’armée avant tout, et qu’il y aurait des décisions qui ne dépendraient pas forcément de lui, mais des ordres de ses supérieurs. Etais-je prête à faire passer sa carrière avant moi ? Pour moi, cela voulait dire avant, non seulement mon propre travail, mais aussi mes besoins et mes désirs !

Je me suis donc demandé si j’étais prête à tout quitter pour le suivre. Je savais qu’il allait sûrement être appelé à vivre à l’autre bout de la France, voire à l’autre bout du monde. Est-ce que j’acceptais de quitter ma vie de l’époque pour lui … ?

Très concrètement je me suis très vite dit que mon entourage, ma famille et mes amis, serait très important pour moi dans cette vie. En effet, je savais déjà que j’allais devoir vivre des départs, des absences plus ou moins longues, et qu’il me fallait pouvoir compter sur mon entourage pour me soutenir. Il m’a donc fallu discuter de tout cela avec ma famille et mes amies les plus proches pour connaître leurs sentiments à ce sujet. Étaient-ils prêts à être un vrai soutien pour moi ? Et ce, même si je devais partir vivre à l’autre bout de la France ?

Une vie à deux … Est-ce que je l’aime assez pour accepter de le voir partir ?

Quand on se prépare à se marier, on se pose souvent cette question : est-ce que j’aime assez cette personne pour passer tous les jours de ma vie avec elle ?  Quand on s’apprête à s’engager avec un militaire, il vaut mieux se la poser de cette façon : est-ce que je l’aime assez pour ne pas le voir aussi souvent que je le souhaiterais ?  C’est un discernement un peu différent !

Bien sûr, nous nous sommes laissés le temps de la réflexion et ma décision n’a pas été prise du jour au lendemain. Cela nous a demandé de beaucoup dialoguer entre nous pour savoir si nous nous aimions assez pour vivre tout cela ensemble. Et quand les résultats de ses tests de sélection sont arrivés, et que son avenir était alors tracé vers une carrière de militaire, cela a été comme une évidence. Je voulais le suivre. 

Nous nous sommes fiancés et il est parti pour son école. Huit mois se sont déroulés où je ne le voyais que certains week-ends, alors qu’auparavant nous nous voyions quasiment tous les jours. Ces séparations, difficiles au début, n’ont fait que renforcer notre couple. J’étais de plus en plus certaines de vouloir passer ma vie avec lui. Et c’est ce que j’ai fait : un an plus tard nous nous sommes mariés, et nous sommes partis vivre à l’autre bout de la France. La grande aventure commençait.

J’avoue que le fait d’avoir eu d’avance une belle image de l’armée m’a encouragée à le suivre sur cette voie, et aujourd’hui, même si mon regard sur l’armée a évolué (puisque j’ai appris à la connaître vraiment et à ne plus la fantasmer), je ne regrette pas. Je suis et serais toujours fière de mon mari et de son engagement.