J’ai tout quitté pour le suivre

On le sait, un militaire ne choisit pas forcément son lieu de travail. Selon son arme, sa spécialité, il va être appelé à travailler pour des régiments qui ne se trouvent pas forcément dans sa ville d’origine.

Lorsque j’ai épousé mon conjoint, il sortait d’école et devait intégrer un régiment à l’autre bout de la France. Même si certaines font le choix du célibat géographique, je souhaitais le suivre, quel que soit l’endroit de son régiment. Il me fallait donc accepter de quitter la ville où je vivais depuis dix ans pour aller dans une région inconnue où je n’avais aucune relation. Evidemment j’étais effrayée à l’idée de tout quitter pour le suivre. Ce n’est jamais évident d’accepter de quitter son travail, ses amis, sa famille aussi parfois, bref, toute sa vie pour en recommencer une à des centaines, voire des milliers de kilomètres.

Partir loin de tout ce qui m’était connu

On pourrait crier à l’injustice, en disant que ce n’était pas à moi de le suivre, mais à lui de rester pour moi. Seulement, un militaire n’a pas vraiment le choix. Même si certaines évolutions de carrière sont de sa volonté, il est parfois des décisions qui ne sont pas de son fait. L’armée appelle cela des « ordres », et il s’est engagé à les appliquer le jour où il a signé son contrat.

J’ai donc dû dire au revoir à mes amis et à mes repères, pour aller vivre dans une région que je ne connaissais pas, et que j’avais même quelques difficultés à placer sur une carte. Car oui, suivre un militaire, c’est parfois accepter de vivre dans un endroit perdu, là où il pleut plus de la moitié de l’année, quand on a vécu toute sa vie dans le sud de la France, ou bien c’est quitter la mer pour la montagne, la ville pour la campagne (et vice-versa !). Pas toujours facile n’est-ce pas ?

Il m’a fallu aussi accepter de vivre loin de ma famille. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais cela m’a beaucoup coûté. Après avoir déménagé, j’ai passé de nombreux week-ends toute seule, et je me suis souvent fait la réflexion qu’ils auraient été moins difficiles à passer si j’avais pu être avec ma famille. Malheureusement, elle habitait trop loin pour que je puisse faire l’aller-retour pour deux jours. Quand on a l’habitude de se tourner vers nos parents pour nous aider, ou même simplement parce que la famille est vraiment importante pour nous, c’est un vrai sacrifice de partir vivre loin.

Nous avons tous notre zone de confort, et quand on est bien établi dans une situation, il est parfois très effrayant de la quitter. Je me suis d’ailleurs posée des tas de questions avant de partir : et si je ne me fais pas d’amis sur place ? Et si je ne retrouve pas de boulot ? Je vais me retrouver toute seule quand il sera absent, comment vais-je m’en sortir ? Comment vais-je faire avec mon enfant si je n’ai personne pour m’aider ?

Sortir de ma zone de confort pour reconstruire un quotidien

Lorsque je suis arrivée dans mon nouveau lieu de vie, je me suis sentie perdue et incroyablement seule. Je n’avais plus de repères, je devais reconstruire mon quotidien. Cela a mis du temps avant que je m’habitue à cette nouvelle vie. Il a fallu qu’on se construise un nouveau réseau. Cela m’a donc demandé d’être pro-active et de prendre sur moi, pour faire marcher ses connaissances, ne pas avoir peur de contacter les amis de ses amis, qui habitent éventuellement dans le coin. Le travail ou le sport ont été bien sûr de bons moyens pour rencontrer du monde.

Et, bien sûr, le régiment de mon conjoint a été un bon créateur de lien. Je me suis inscrite aux mails du BEH (en passant par mon mari) pour connaître les dates de rencontres de conjointes. Cela peut faire peur dans un premier temps, mais ça peut vraiment valoir le coup (cf notre article sur le sujet). S’entourer de femmes qui vivent la même situation est un véritable soutien, et cela peut mener à de belles amitiés.

Un acte important pour mon couple et ma famille

Partir vers l’inconnu, tout recommencer à zéro, parfois plusieurs fois en quelques années, ce n’est pas toujours simple à vivre. Mais il y a tout de même un sens à cela.

Tout d’abord je dirais que tout quitter pour le suivre a été bénéfique pour notre couple. Nous avons certes quitté le cocon où nous vivions depuis plusieurs années, cocon où nous nous étions connus, mais ce départ, cette aventure, nous a permis, malgré les absences, de construire notre couple et notre famille dans un endroit bien à nous. C’était finalement une bonne opportunité pour nous enrichir et nous connaître davantage.

Ensuite, tout quitter pour mon conjoint a été une belle preuve de mon soutien dans son engagement.  Finalement, le « en tout temps, en tout lieu » que nos soldats signent, nous engage nous aussi à dire oui aux déménagements et à l’inconnu. Cela demande des sacrifices, mais c’est aussi ce qui fait la beauté et la singularité de notre état de vie.

Bien entendu, je respecte et comprends totalement ceux qui font le choix du célibat géographique, qui demande tout autant de sacrifices. Notre situation ne nous permet pas toujours de vivre avec notre conjoint. En ce qui me concerne, j’ai fait le choix de le suivre car ma situation (pour le moment) me le permettait, et je dois dire que je ne le regrette pas. J’ai tout quitté, certes, mais petit à petit je me suis construit de nouveaux repères, fait de nouveaux amis, et bâti un nouveau « chez moi ». Le jour viendra où mon conjoint sera muté et nous devrons tout recommencer. Forte de cette première expérience, je sais, à présent, que je suis capable de cette force d’adaptation propre aux familles de militaire.