L’étonnante routine de la femme de militaire

S’il y a une chose à laquelle une femme ne s’attend pas en épousant un militaire, c’est bien à la routine. Alors que ce fameux train-train du quotidien est perçu par les couples comme l’un de leurs ennemis numéro 1, nous, nous en rêvons. Et pourtant ! Quel étonnement de s’apercevoir que nous entrons, nous aussi, dans une succession d’habitudes. Une routine déroutante certes, mais une routine quand même.

La routine de l’imprévu

Eh oui, même la plus organisée et maniaque du planning d’entre nous devra s’y faire ! L’imprévu est là, c’est une réalité. Au-delà même de l’accepter, il est essentiel de l’accueillir dans nos petites vies de façon positive. Ce sont bien ces imprévus qui rendent nos vies hors du commun et différentes. Cet imprévu, qu’on déteste tant, est l’essence de nos vies au quotidien.  L’imprévu devient prévisible, nous nous y attendons, nous y sommes prêtes, à tout moment. La preuve ? Quand notre cher et tendre rentre un soir en nous disant « J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle », on sait tout de suite de quoi il s’agit.

Alors, s’il nous arrive d’être lassée, si nous rêvons de la vie tranquille de nos amies, si l’annonce peut être « celle de trop », si ses départs ne sont jamais au bon moment, si les soirées en célibataire nous épuisent, si nous nous décourageons parfois… rappelons-nous aussi que c’est cet imprévu qui nous rend si forts ensemble.

La routine des longs départs

Les OPEX font partie de la vocation du militaire. C’est par elles qu’ils s’accomplit. Tout au long de l’année, il s’entraine et se prépare pour ces départs. Il en rêve aussi, parfois. De notre côté, nous les redoutons, nous essayons tant bien que mal de vivre l’instant présent et de ne pas penser à ces longs mois d’absence. Pour lui, l’OPEX est une aventure, une mission qu’il a attendue et travaillée, c’est par elle qu’il donne du sens à son métier. Pour nous, l’OPEX est un départ, un déchirement, elle est synonyme d’absence et de douleur. Quelle dissemblance entre lui et nous !

Ces longs départs font, eux aussi, notre quotidien. Ils sont moins déroutants car souvent prévus de longs mois à l’avance – et encore ! Les dates de départ changent, les zones de mission aussi. Mais ces quatre mois sont toujours là, fidèles à l’appel. Notre couple a grandi avec ces départs, et s’ils sont toujours uniques et spécifiques, ils font bel et bien partie de notre « routine de femme de militaire ». 

La routine des départs courts

A son retour d’OPEX, combien m’ont dit « C’est chouette, vous êtes tranquilles pour un an au moins ». Si seulement ! Car les OPEX ne sont pas les seuls départs de nos chers et tendres, loin de là.

Rarement prévisibles, les départs « courts » sont peut-être, contre toute attente, les plus difficiles. Souvent plus inattendus que les départs en OPEX, ils débarquent parfois la veille pour le lendemain. Stages, gardes, missions ou encore terrains : ces départs ne sont certes que pour quelques jours, quelques semaines, mais ils ne sont pas anticipés. Hasard, la « petite » annonce tombe toujours au mauvais moment : avant des vacances ou pendant une fête de famille, un anniversaire ou un diner entre copains prévus depuis longtemps. Côté organisation, ces courtes absences sont pour nous, finalement, parfois plus dures à gérer que les OPEX.

Ces courts départs peuvent être nombreux dans l’année. Gérer l’imprévu est une habitude que nous avons prise dans notre quotidien. Cette « routine », c’est sûrement celle à laquelle on s’’attendait le moins, mais c’est celle-là aussi qui fait de notre couple, un couple bâti sur le roc.

La routine du lâcher-prise

Ah, ce fameux lâcher-prise ! S’il est en vogue depuis quelques années avec un foisonnement d’articles sur le développement personnel, le lâcher-prise est, pour la femme de militaire, bien plus qu’une tendance. Plus qu’un état d’esprit ou une philosophie de vie comme certains le prônent, il est, pour nous, le ciment de notre vie de couple. Car on l’a vite compris, sans lâcher-prise, l’instabilité de l’armée ne ferait qu’une bouchée de nous. Une femme de militaire doit accepter de ne pas tout contrôler, c’est un fait. Cela ne signifie pas de subir ni d’être victime, loin de là ! Cela signifie plutôt de nous recentrer au quotidien sur l’essentiel. Un départ, une annonce d’OPEX, une garde imprévue, une blessure… Qu’est-ce tout cela, à côté de l’amour que nous nous portons ? De la famille que nous créons ? Notre force est de nous souvenir tous les jours de ce qui nous importe vraiment.

La routine des retrouvailles

Pendant qu’ils sont au régiment ou en opération, nous apprenons à vivre seule. Parfois dans l’attente et la peur, être femme de militaire ne nous est pas toujours facile. Mais terminons sur la plus belle de nos routines : les retrouvailles. Quelle chance avons-nous de vivre ces moments de joie ! Petite, à Noël ou à notre anniversaire, l’ouverture du cadeau était le plus beau moment, certes, mais les heures ou les jours qui précédaient ce moment, cette attente, nous exaltait tout autant. Et bien, c’est exactement ce que l’on peut ressentir dans ces moments de retrouvailles.

Etre femme de militaire est un véritable engagement. Cette vie implique en effet nombre d’habitudes peu communes, que nous ne retrouvons pas dans le quotidien d’un couple « ordinaire ». Ces moments qui reviennent régulièrement font partie de nos vies. Et si nous les connaissons toutes, si nous les avons toutes bien identifiés et appréhendés, chacune d’entre nous gère ces fameuses routines comme elle peut, et comme elle veut. Toutes différentes, chacune a sa manière propre de s’épanouir dans cette vie si singulière.

Mathilde