L’annonce d’un départ : des réactions paradoxales !

Quand on fait sa vie avec un militaire, on sait généralement qu’il sera appelé à partir en Opex un jour ou l’autre. Mali, Côte d’Ivoire, Liban, Guyane… la liste des destinations est longue. Et même s’il est connu que, tant qu’ils ne sont pas dans l’avion, le départ n’est pas certain, l’annonce d’un prochain départ est toujours un choc à encaisser.

L’annonce

Tout allait bien, la journée se passait tranquillement, lorsque votre homme rentre du régiment avec une « nouvelle ». A priori il serait sur un départ pour le Mali dans quelques mois (ou quelques semaines selon les situations). Vous respirez, ça devait bien arriver un jour, même si vous avez l’impression qu’il vient juste de revenir de la dernière mission. Vous lui demandez combien de temps il sera absent : 3 ou 4 mois, vous répond-il.  Vous faîtes le calcul dans votre tête, et énumérez les mois où il sera absent. Ça ne pouvait pas plus mal tomber. D’ailleurs, ça ne tombe jamais au bon moment. (sur la préparation des départs voir notre article ici).

Et vous réfléchissez : Mais on n’avait pas prévu des vacances à ce moment-là ? Mais attends, il y a le mariage de mon frère ! L’anniversaire de ton père prévu depuis des mois, et mes parents qui ont loué une maison pour le pont, tu n’y seras pas ?

Les sentiments négatifs

Bref, un sentiment de frustration et de colère vous envahit. Il n’était déjà pas là l’an dernier pour tel ou tel événement ! Et vous lui en voulez, même si vous savez pertinemment qu’il n’y est pour rien. Ces décisions, ce ne sont pas lui qui les prend. Elles sont prises à des sphères tellement supérieures, avec le concours de beaucoup de personnes, qui font ce qu’elles peuvent pour faire avancer le travail de l’armée.

La peur vous envahit également. La peur qu’il lui arrive quelque chose là-bas, même si la plupart du temps, vous vous interdisez de penser au pire. La peur de ne pas avoir de ses nouvelles pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, même si vous connaissez le fameux « pas de nouvelles, bonnes nouvelles », et que vous avez entendu parler de « la bulle de silence ». Peur de vous retrouver de nouveau seule pendant des mois, avec les enfants à gérer, les comptes à surveiller, les travaux à faire, bref, le quotidien et tous ses aspects à vivre seule.

Les sentiments positifs

En voyant votre air dépité, il vous dit que tout va bien se passer, que vous allez gérer comme une chef, que la mission n’est pas dangereuse et qu’elle sera vite passée.

Et lui, contrairement à vous, affiche un air serein, presque ravi. Il a l’air content de ce futur départ. Serait-il heureux de vous abandonner ? Non, cela lui fait autant de peine qu’à vous de se séparer de sa famille pendant tout ce temps. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’est engagé pour cela. Pour partir en opération extérieure, et que finalement il avait hâte de repartir. Après tout, il apprécie la vie sur le terrain, la poussière, les nuits dans le désert, la camaraderie… bref, tout ce qui fait son travail. Et vous, en y réfléchissant, quelque part vous êtes aussi heureuse pour lui. Heureuse qu’il puisse accomplir son devoir, faire ce pour quoi il s’est engagé. Vous vous souvenez de sa mine réjouie quand il vous parle de sa précédente mission, de ses rires quand il se souvient de tel ou tel événement. Heureuse qu’un de ses supérieurs lui ai fait confiance pour partir avec lui, ou qu’il ai été recommandé parce qu’il est un « bon élément » de sa compagnie. Heureuse que son travail l’épanouisse, tout simplement.

Parce que vous aussi vous vous êtes engagé à le soutenir, à le suivre dans ses délires, à l’encourager pour qu’il s’améliore dans son travail, à le féliciter quand il est reconnu. Et vous êtes heureuse de cet engagement. Et cela ne fait pas de vous une femme moins aimante, au contraire.

Qui a dit qu’on ne pouvait ressentir qu’une émotion à la fois ?

L’annonce d’un départ amène beaucoup de sentiments ambivalents, parfois paradoxaux. Et votre entourage peut avoir du mal à comprendre que vous soyez triste et fière à la fois. Cette ambivalence peut être bouleversante, car on peut avoir l’impression que tout doit être tout blanc ou tout noir pour qu’il y ait un équilibre. Mais on se trompe. L’équilibre passe en fait par cette dualité. Et le temps qui s’écoule entre l’annonce et le départ en lui-même sera jalonné de cette ambivalence. Il y aura des jours où vous serez fière et sereine, et d’autres où vous redouterez le départ plus que tout. Des jours où vous imaginerez déjà ce que vous pourrez faire seule, et d’autres où vous ne pourrez penser qu’à toute l’organisation que cela va engendrer. Il y aura des disputes, des tensions, et puis des moments de qualité où vous profiterez pleinement l’un de l’autre avant la séparation.