L’art de l’absence

Faire face à l’absence de son conjoint et se retrouver seule aux commandes du navire pour gérer la « base arrière » fait partie de la vie de conjointe de militaire. Et réussir à bien le vivre, c’est tout un art : l’art de l’absence !

On entend parfois qu’être femme de militaire c’est une vocation. Mais non ! On ne naît pas conjointe de militaire : on apprend à le devenir au fil des départs. Non que la séparation soit plus facile à gérer parce qu’on en est à la 7e ou 8e mission. Mais à force, on se connaît mieux et l’on sait ce dont on a besoin pour aller bien, quels sont les petits détails qui nous aident à gérer la solitude, les enfants, les coups de blues et notre rapport au temps.

On ne s’habitue jamais

Chaque départ est unique, et il est vécu différemment en fonction de chacune, du contexte personnel, familial, professionnel qui entoure ce départ. Les missions se suivent et ne se ressemblent jamais pour un militaire, il en est de même pour le conjoint, les absences succèdent aux absences mais aucune n’est semblable à l’autre.

On ne s’habitue jamais à l’absence, on apprend simplement à vivre avec, à faire au mieux, à continuer sa vie le plus normalement possible sans son conjoint. Le temps n’est pas suspendu l’espace de quelques semaines ou quelques mois, la vie doit suivre son cours. Tout le mérite de la conjointe de militaire se trouve dans cette capacité à être pleinement dans le moment présent, qu’il soit absent ou pas.

Le manque … souvent

En théorie, cela semble très simple, mais ce n’est pas inné et cela peut véritablement relever du combat quotidien. Lorsque l’on se retrouve seule, on est parfois tenté de mettre en pause certaines choses, de faire preuve de passivité en attendant le retour du conjoint. Or, il est véritablement vital de continuer à avancer.

Le plus souvent les hommes sont de leur côté pris dans la réalisation de leur mission. Ils sont dans l’instant de l’action. Ils progressent dans cette vie différente et parallèle à plusieurs milliers de km sans mesurer complètement que les choses soient plus complexes pour ceux restés à la maison. Pour eux c’est le temps de la mission qui prime, leur investissement sur place. Cela ne signifie en aucun cas que la séparation n’est pas difficile, mais ils sont ailleurs, avec des objectifs différents de notre quotidien en France – qui n’est temporairement plus le leur.

C’est au contraire plus délicat pour la femme de militaire et pour les enfants. En effet, non seulement ils évoluent dans le même environnement, mais ils vivent également une routine et un rythme inchangé (école, travail, etc.). Ainsi tout est semblable et pourtant si différent sans conjoint ou sans père. L’absence est rappelée en toutes choses : sa tasse à café rangée dans la cuisine, une paire de chaussure qui traine, un vêtement à lui dans le panier à linge. Ces petits détails sont permanents et parfois ne simplifient pas les choses pour être pleinement dans le moment présent. En les voyant, on regrette le temps d’avant avec lui et on se projette dans celui d’après son retour.

« Ne pas se priver de connaître le bonheur sans lui »

En réalité, ces clins d’œil de chaque instant doivent être de véritables moteurs dans nos vies, le signe que rien ne s’arrête, que la vie continue même sans la personne que l’on aime. Être pleinement présente à chaque minute, chaque heure, chaque jour vécu loin de lui permet de trouver la paix intérieure et de ne pas se priver de connaître le bonheur. Nous ne le privons de rien en vivant ainsi, et nous pouvons faire confiance à nos sentiments et à nos choix. Et une chose est certaine, un militaire ne peut être bien dans sa mission qu’en sachant sa famille solide et heureuse.