rencontrer un militaire

Le jour où j’ai rencontré un militaire …

Lorsque j’ai rencontré mon – désormais – mari, je me suis assez vite dit que je ne pourrais jamais considérer une relation sérieuse avec cet homme. Il avait un gros défaut à mes yeux : il était militaire. J’avais alors une image assez négative, je dois le reconnaître, d’une vie de couple avec un militaire.

Renoncer à ma liberté ?

Je viens d’une famille qui ne connaissait rien à l’armée, et en plus j’avais beaucoup de préjugés. Même si je reconnais et respecte cet engagement très particulier, pour moi, vivre avec un militaire c’était renoncer à une grande part de ma liberté. Me trouver dans une situation de déséquilibre constant, entre sa carrière et ses contraintes, mes ambitions et mes objectifs. A cette époque je travaillais depuis quelques années, et je me lançais dans une reconversion professionnelle. J’avais décidé de mener ce projet depuis longtemps et le rencontrer à ce moment-là m’a déstabilisée. Cela soulevait beaucoup d’interrogations sur le style de vie qui pouvait m’attendre, les conciliations entre carrière et vie de famille, la reconversion en elle-même, mes capacités à pouvoir vivre avec un tel rythme de séparation (il était beaucoup absent) … Comment composer avec cela ?

Plus nous nous connaissions, plus ces questions se posaient avec insistance et plus je me disais qu’il fallait que je considère ce sujet sérieusement. Et finalement, puisqu’il était aussi concerné, le plus simple, c’était de lui en parler. Au début sur le ton de l’humour, et puis plus sérieusement. Je suis plutôt du genre à aborder les sujets de front et je me suis dit qu’il fallait sans doute mieux en parler assez tôt, avant de me sentir définitivement coincée ou que notre couple passe des étapes sérieuses. Et puis c’est quelqu’un de bien : il méritait de trouver lui aussi quelqu’un qui accepte sa vie et je ne voulais pas lui faire perdre du temps inutilement.

Mes craintes et … les siennes !

En parler avec lui, à de multiples reprises, m’a beaucoup soulagé. Il a vraiment su m’écouter. Il a été franc sur ses conditions de vie : Opex, mutations, communication compliquée, rythme de vie particulier, ordres au dernier moment, peu de visibilité à moyen et à long terme … Et même si je me rends compte maintenant que nous étions loin du compte sur les difficultés auxquelles nous pouvons faire face, à ce moment cela m’a paradoxalement rassurée ! J’ai réalisé que, comme il le faisait à ce moment-là, je pourrais compter sur lui au fur et à mesure. Et puis, j’ai réalisé aussi que je n’étais pas la seule à avoir des interrogations et des peurs. En expliquant mes craintes, il a dévoilé aussi les siennes ! Il avait notamment déjà rencontré des femmes qui ne se projetaient pas du tout dans une vie militaire. Il avait tout à fait conscience que cela pouvait être un frein sur le long terme, et il craignait cela aussi. De mon côté j’ai compris que, si son engagement militaire était très important pour lui et avait participé à faire de lui celui qu’il était à ce moment-là, il en comprenait tous les enjeux pour une vie de couple ou de famille. Et surtout – cela a été très clair pour moi à ce moment-là – il percevait toutes les difficultés de son métier pour sa future conjointe.

Si ce n’est pas simple … pourquoi rester dans l’armée ?

Alors, si le couple et sa vision de la famille était aussi importantes pour lui, pourquoi rester dans l’armée ? Pourquoi ne pas choisir un autre métier et nous faciliter la vie ? C’est vrai que ces questions m’ont traversé l’esprit, même si, pour être honnête, je culpabilisais un peu de me les poser. Mais c’était la limite que je m’étais fixée – ne pas lui demander de changer de métier. D’une part je savais qu’il aimait beaucoup son métier. Je savais également qu’il y trouvait un sens particulier et ne se voyait absolument dans aucun autre domaine. D’autre part, de toute façon il était encore lié à l’armée pendant quelques années, sans pouvoir la quitter tout de suite ! Dans tous les cas je ne voulais pas être la cause de son départ, et en tout cas pas à cette époque. Je devais donc le choisir lui et l’armée ou aucun des deux, parce que de mon côté je me sentais incapable de faire du célibat géographique en début de relation. En revanche nous étions tous deux d’accord sur un point : si jamais les choses devaient devenir vraiment trop complexes pour nous (on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve) cette option devait être envisagée.

Décider seule et à deux 

J’ai longtemps été partagée entre le fait de me dire « j’ai rencontré un homme parfait, on verra bien ce qu’il se passe », et « mais qu’est-ce que je fais ? tu t’embarques dans une vraie galère là ! ». Finalement, je me suis rendue compte d’une chose – il est impossible de tout prévoir, d’anticiper les difficultés, nos réactions, ce qui va se passer … Et c’est peut-être ça la spécificité d’un couple de militaire : savoir qu’on s’expose de manière certaine à des périodes et des moments peu évidents et le choisir librement, alors que bon, la vie est déjà bien compliquée. Mais heureusement qu’on ne sait pas tout à l’avance ! C’est ce que je me suis dit : la seule chose dont je suis sûre, c’est que je veux cet avenir avec lui, même militaire.

Le vivre derrière n’est pas forcément simple mais avec le recul je peux maintenant dire que toutes ces étapes m’ont permis de poser un vrai choix. Et contrairement à mes craintes initiales, de me sentir libre de poser ce choix. Et puis nous l’avons assumé et nous l’assumons encore à deux. Nous en sommes vraiment ressortis plus forts. Et cette période d’interrogation, entrecoupée de mes premières missions, a vraiment soudée notre couple. Et si cela n’a pas été forcément très facile ensuite – notamment au point de vue professionnel pour moi et pas seulement – ce processus de maturation m’aura aidé à continuer à avancer sereinement, sans remettre en cause notre couple.