Les dix (faux) commandements de la vie de femme de militaire

Se lancer dans la vie avec un militaire, c’est aussi se poser mille questions. Notamment si ce milieu, avouons-le, très singulier, nous est inconnu. Rapidement, notre cher et tendre nous parle, avec un jargon spécifique, d’une organisation particulière, de hiérarchies définies et de grades précis. Il nous projette dans un univers tout aussi fascinant qu’effrayant, où le rythme est marqué par de nombreuses absences. Le quotidien d’un militaire suit un rythme indéfinissable, unique en son genre.

Ce que j’ai découvert et que j’aurai aimé qu’on me dise

Alors que la relation avec notre bien-aimé grandit, l’environnement dans lequel il vit, lui aussi, se concrétise. De l’admiration à l’étonnement, de la fierté à la crainte, de l’émerveillement à la stupéfaction… à ses côtés, nous nous heurtons à des sentiments souvent paradoxaux. Amoureuses, nous nous lançons pourtant (voir ici l’un de nos témoignages de rencontre) ! Une petite boule au ventre, qui revient parfois, nous rappelle le choix un poil audacieux que nous sommes en train de faire. Car, c’est connu, la vie de femme de militaire n’est pas une mince affaire. Il suffit de regarder les regards emplis de compassion qui se posent sur nous lorsque nous parlons de son métier.

Dans ces débuts, il y a des choses que j’aurais aimé qu’on me dise. A l’instant où cette petite boule revenait dans mon ventre alors que, courageusement, je m’apprêtais à me lancer dans cette nouvelle vie, j’aurais aimé qu’on me rassure sur certains points.

Alors, attaquons-nous aujourd’hui à ces préjugés, qui semblent avoir la vie encore plus dure que celle dans laquelle nous nous lançons.

Tu ne te plaindras point.

Premier cliché à casser : être femme de militaire, ce n’est pas une vocation. Nous ne sommes, pour la plupart, ni particulièrement charmée par l’uniforme, ni attirée par la hiérarchie ou le grade. Nous avons fait le choix d’aimer celui que nous aimons, mais nous n’avons pas particulièrement choisi son métier. Bien que nous acceptions sa passion – et c’est essentiel -, il me semble que nous avons toutefois le droit de nous plaindre de leurs absences, de confier nos peurs à nos proches et d’avoir besoin d’aide, parfois. Il n’y a rien de plus normal.

Cessons de nous mettre une pression qui n’a pas lieu d’être : être femme de militaire, c’est avant tout être une femme. Avec ses doutes et ses craintes.

Des questions, tu ne poseras pas.

L’armée est un monde mystérieux et impénétrable. Ce qui se passe en OPEX reste en OPEX. De toutes façons, je ne peux pas comprendre.

Jusqu’à preuve du contraire, quand on se lance dans la vie à deux, on est deux. Certes, chacun a sa vie, mais il m’a rapidement semblé essentiel de comprendre sa passion. Hors de question pour moi de ne pas m’intéresser à ses projets, ses évolutions, ses missions, plus ou moins dangereuses. Certes, il faut aussi se protéger pour éviter d’inutiles craintes, mais il ne faut pas hésiter à satisfaire notre curiosité.  L’autre n’en sera que reconnaissant.

Et comprendre son métier facilite profondément l’acceptation de ce rythme effréné qu’on nous impose.  Alors, osons poser des questions !

De manque, tu ne souffriras pas.

De manque, on souffrira. Et beaucoup, d’ailleurs. Et encore une fois, cela n’est pas grave. Quoi de plus normal que de souffrir du manque lors des nombreuses absences, qui se répètent et qui reviennent très (trop ?) souvent. L’erreur que j’ai pu commettre au début, c’est de penser que je n’avais pas le droit de ressentir ce manque.

Encaisser, c’est bien. Assumer, c’est mieux !

Des projets, tu ne demanderas pas.

Mutation et déménagements, missions et gardes ponctuelles, OPEX régulières… La vie d’une femme de militaire n’est clairement pas des plus stables. On ne sait pas vraiment de quoi sera fait l’avenir, et on vit le présent à fond. C’est une réalité. Mais une certaine organisation n’est pas incompatible. Il me semble même essentiel de conserver des petits projets à deux ou en famille, de prévoir et d’organiser des week-ends, de se projeter un peu.

Même si rien n’est jamais sûr et certain, ces petits projets planifiés nous permettent de mieux vivre l’instabilité de nos vies.

Seule, tu resteras.

Anniversaires, accouchements, vacances, Noël… ces grands moments de joie, lorsqu’ils ne sont pas partagés, encore plus rappeler l’absence de l’autre. Ce fut clairement l’une de mes plus grandes craintes. Si seulement on m’avait dit que l’esprit d’entraide est, plus que jamais, présent chez les femmes de militaire. Que ce soit dans l’armée, mais aussi entre « civils », les marques d’attention sont nombreuses. Alors, oui, les absences sont difficiles, c’est une certitude.

Mais non, nous ne sommes pas seules ! Et de multiples groupes Facebook, associations, comme Femili, et diverses organisations nous le rappellent.

Stoïque, tu demeureras.

Ce commandement rejoint le premier. Une femme de militaire doit être forte et solide : elle souffre fièrement en silence et doit être l’épaule consolatrice et rassurante de son mari et de ses enfants. Oui, mais non. Encore une fois, une femme de militaire n’est pas plus forte qu’une autre. Soyons fortes et solides, mais acceptons de ne pas l’être tous les jours. L’annonce d’un départ en OPEX est une fierté, mais c’est aussi une profonde peur et des craintes qui nous découragent parfois.

L’accepter, c’est déjà être forte. Et rappelons-nous (si nous culpabilisons) que, non, nous ne sommes pas parfaites. En revanche nous sommes LA femme parfaite pour celui qu’on aime.

Par son métier, tu seras passionnée.

Certes, nous nous familiarisons avec le langage, ou même le jargon militaire. Nous sommes très souvent fières de ce qu’il fait. Il nous épate régulièrement lorsqu’il nous raconte son quotidien. Mais nous ne sommes pas obligées de connaître le fonctionnement de l’armée sur le bout des doigts.

Déculpabilisons-nous, encore une fois, de ne pas entretenir cette même passion. Bien qu’il fasse partie intégrante de notre vie, c’est son métier, pas le nôtre.

Aux absences, tu te feras.

Et non ! Encore un cliché qui a la vie dure. Malheureusement, on ne s’y fait pas. Chaque absence arrive à un moment donné de la vie, et aucune ne ressemblera à une autre.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est qu’aux retours non plus, on ne s’y fait pas. Leur magie nous étonne à chaque fois.

Les clichés, tu croiras.

Les militaires trompent tous leur femme. Ils sont en danger constamment. Ils ne pensent pas à leur famille. « … ».

Les clichés sur les militaires sont nombreux ! Mais, bien que leur métier empiète bien plus sur la vie de couple qu’un métier plus « standard », nos bien-aimés sont avant tout des hommes et non des militaires. Ils ont leurs valeurs, leurs principes et leur éducation. Ne nous rendons pas la vie plus compliquée en nous égarant dans de faux clichés.

Chaque situation est unique. Chaque homme est unique. L’armée est une armée aux 1000 métiers. Les missions sont différentes les unes des autres. Certains hommes sont fidèles, d’autres non, à l’image de tous les hommes sur terre. Alors vivons notre vie avant tout !

Femme de militaire, tu seras.

Ce dernier commandement est peut-être le plus vrai. Mais il importe de le nuancer. Être femme de militaire est un engagement à ses côtés. Un engagement quotidien, parfois difficile, parfois heureux. Il est semé de moments de joie – les retrouvailles par exemple – mais aussi d’instants cruels et notamment les départs. Et puis il y également tous ces imprévus qui ponctuent notre vie. Nous sommes des femmes de militaire, certes. Mais nous sommes avant tout des femmes. Exit la Belle qui attend, lasse et découragée, (son prince revenir de la guerre) ; place aux femmes épanouies, qui attendent, certes, mais dans l’espérance, la fierté et la pugnacité !

Et assumons-le, parfois avec toutes nos forces, mais aussi, avec toutes nos faiblesses.

Finalement, se lancer dans la vie avec un militaire, c’est tout simplement, se lancer dans la vie. Avec des doutes, des craintes, mais également énormément de joie et de bonheur. Si demain, vous rencontrez une future (nouvelle ??) femme de militaire, n’oubliez pas de la rassurer car nous sommes toutes passées par là. La vie de femmes de militaire n’est pas facile, mais c’est aussi une vie de bonheur, de retrouvailles, où tous les instants comptent et qui révèlent, plus encore, l’unicité et la solidité de notre couple.