les retours

Les retours de mission

Nous n’avons de cesse de le constater, les départs et les absences font partie de la vie d’une famille de militaire. Et qui dit départ, dit retour. Heureusement, à un moment donné, nos militaires reviennent à la maison. Et que ce soit après deux semaines, deux mois ou plus, ce retour s’organise. Avec ou sans enfants, en hiver ou en été, de même que chaque absence est différente, chaque retour l’est également. Attendu, rêvé, idéalisé ou redouté, le retour du soldat ne se passe jamais comme prévu. Et ce retour se fait en deux temps. Il y a d’abord les retrouvailles, ce moment où le soldat pose le pied chez lui, retrouve pour la première fois depuis longtemps sa conjointe, ses enfants, sa maison… Et puis, il y a la reprise du rythme, le retour véritablement à la vie quotidienne, au rythme de la maison.

Les retrouvailles toujours uniques

Nous avons tous vu un de ces films qui nous montre un retour de soldat à la maison. Tout y est pour nous faire rêver : le quai de la gare, le ralenti, la musique romantique, le bel uniforme…, bref, l’émotion est garantie. Mais dans la réalité, comment cela se passe-t-il ? Je crois bien que chaque conjointe de militaire aura une histoire différente à raconter.

Il y celles qui fantasment les retrouvailles, qui en rêvent pendant des mois, qui imaginent, qui planifient, qui réfléchissent à ce qu’elles vont mettre, etc… Et puis il y a celles qui les redoutent et se posent des tas de questions : « est qu’il va m’avoir oublié ? comment il va me trouver ? et si on n’a rien à se dire ? et si tout avait changé ? »

Quel que soit le scénario imaginé, les retrouvailles ne se passent jamais comme prévu. Ni mieux, ni pire, mais toujours uniques.

« C’est d’abord celles auxquelles on rêve dès l’instant où la porte se ferme derrière l’amoureux, le mari, le père qui nous manquera tant, nous raconte Marie-Armelle. Celles qui nous font traverser les moments longs et difficiles de l’absence, les chutes de moral, les fêtes manquées. Celles qui nous portent réellement dans ces départs que nous acceptons, un peu, de supporter pour avoir la joie de vivre ces retrouvailles. Et puis c’est aussi la réalité, parfois un peu décevante, de celles qui nous avions imaginé tant et tant de fois. »

Élan de tendresse, fatigue et pression qui retombent

Si cette réalité est parfois décevante, c’est parce que chaque retrouvaille est différente. En effet, les départs se font à des moments différents de notre vie, dans des contextes variés. L’absence s’est plus ou moins bien passée, et parfois la pression de cette période de séparation peut vite retomber et donner lieu à beaucoup de fatigue, de l’incompréhension, et même parfois des disputes.

« Nous avons vécu déjà 5 retours d’Opex en 4 ans, nous dit encore Marie-Armelle, les quelques premières minutes sont toujours les mêmes : des larmes qui coulent en voyant les enfants surpris par cet instant qui est arrivé sans qu’ils le réalisent. Cet élan de tendresse qu’ils ont très spontanément. Je n’ai pas d’émotion plus forte que ces moments-là je pense.

Et je me sens immédiatement comme un marathonien en fin de course (bien que je ne sois pas spécialiste en la matière). D’un coup la pression retombe, comme si j’étais suspendue pendant les mois qui se sont écoulés, impossible de faillir. Je sens ce poids s’enfuir. D’ailleurs il n’est pas rare que je tombe malade ou que je me casse un truc dans les jours qui suivent ! »

Selon la durée de l’absence, si c’est un terrain de quelques semaines, un départ sentinelle ou une mission sur un théâtre d’opération, les retrouvailles ne seront pas les mêmes. De même si c’est un premier départ ou non.

Aliénor nous raconte l’expérience des retrouvailles avec son mari après la première opération extérieure de celui-ci :

 « Quatre mois et demi d’Opex, ça m’a laissé le temps d’imaginer mille scénarios de retrouvailles…
Mais on le sait bien, les choses ne se passent jamais comme on les avait imaginées ; parfois c’est mille fois mieux que ce qu’on avait imaginé, mais parfois on a vraiment idéalisé les choses et le moment venu ça se passe moins bien que ce qu’on avait espéré. En ce qui nous concerne, nous avons eu la grande joie de vivre de belles retrouvailles émotionnellement intenses ; le retour du guerrier idyllique en somme !

Les choses ne se sont pas du tout passées comme je les avais imaginées.

 Évidemment les choses ne se sont pas du tout passées comme je les avais imaginées.
Mon mari est arrivé bien plus tôt que prévu au régiment, je n’étais pas prête, et ma voiture ne démarrait pas…
Elle a fini par démarrer au bout d’une demi-heure à l’aide de pinces, et moi j’ai fini par arriver au régiment, après tout le monde du coup.

Mon mari m’attendait sur le parking avec tous ses sacs. Je n’en revenais pas qu’il soit là. Il m’a prise dans ses bras, m’a serrée très fort, et moi je pleurais, de joie évidemment et de soulagement. La première chose que j’ai faite a été de lui remettre son alliance qu’il n’avait pas eu le droit de porter en mission et que j’avais gardée sur une chaîne autour de mon cou pendant plus de quatre mois. Ça peut sembler être un détail pour beaucoup, mais pour moi c’était vraiment important ; cette alliance symbolise l’engagement si grand, si fort, et si beau que nous avons pris en nous mariant. Ce qui est drôle c’est qu’on avait mille choses à se dire mais qu’on ne savait pas par quoi commencer. On n’arrêtait pas de se regarder et de se sourire ! On (re)tombait amoureux l’un de l’autre. La joie de se retrouver après cette longue séparation pouvait se lire sur nos visages ! Nos yeux pétillaient de bonheur ! »

Les retrouvailles redoutées

Mais pour certaines, les retrouvailles sont un moment très redouté, car après quelques expériences, on sait que tout ne passe pas comme on l’a rêvé. Ce n’est pas un personnage de film que l’on attend, mais bel et bien un homme qui a vécu quatre mois de son côté, avec des choses plus ou moins faciles à vivre, et souvent une grande fatigue. De notre côté, nous aurions envie de ne plus le lâcher et de rattraper le temps perdu, mais ce dont il faut avoir conscience c’est que nous, pendant cette longue séparation, nous sommes restées dans notre quotidien, dans notre univers habituel, mais ce n’est pas le cas du militaire. Il faut ainsi faire le choix de laisser passer les premiers moments, un peu décevant parfois, pour que le soldat soit réellement de retour chez lui.   

Morgane nous raconte comment elle a petit à petit laissé de côté l’idée de retrouvailles de rêve.

« J’ai arrêté de lui faire des petites attentions quand il rentre. Je me suis aperçue qu’il s’en fichait complètement. Que ce soit, des choses qu’il aime, des paniers de chocolats pour pâques, des bons repas … quand il rentre, j’ai l’impression qu’il est déconnecté. Au début, je prenais plaisir à préparer un bon repas, faire en sorte que la maison soit bien entretenue et accueillante… mais lorsque Paul rentre de long terrain ou mission, il dort. Alors je me retrouve toute seule, à lire dans mon coin, à vaquer à mes occupations toute seule. En attendant qu’il sorte de sa sieste interminable. Alors maintenant, connaissant sa passion, je fais en sorte de lui trouver un livre qu’il aimera et qui lui permettra de se détendre. Cela semble fonctionner, il dort un peu et se plonge ensuite dans la pâtisserie, cela nous permet de passer un moment ensemble, ça le détend et moi je déguste de savoureux gâteaux. Nous avons peut-être trouvé la solution d’un retour réussi.

J’ai été vexée bon nombre de fois. Moi qui m’imaginais des retrouvailles complices, m’attendant à ce qu’il me parle de ses terrains, de sa vie pendant la mission, etc. ; que nenni. Paul ne dit rien, il n’a rien à raconter. C’est pourquoi je ne le force pas/plus. J’attends qu’il s’ouvre à la discussion. Mais les retours amoureux et complices ne sont absolument pas pour nous. Nous ne savons pas faire. J’ai même parfois l’impression, que pour nous retrouver, nous avons besoin d’une bonne dispute et hop, après nous sommes à nouveau sur le même chemin, bien complices.

Un apprentissage

Pour se retrouver, c’est comme pour se quitter, c’est tout un apprentissage. Il n’y a pas de bonnes façons de se retrouver, il n’y a que votre façon. Et c’est important d’en parler avec votre conjoint d’abord, mais aussi avec vos amies conjointes de militaire. Pas forcément pour comparer les expériences, mais pour partager, et ainsi se rendre compte qu’on est toutes dans le même cas, et que ce n’est pas évident pour tout le monde.  

« Au début, nous dit encore Morgane, via les réseaux sociaux, j’avais l’impression d’être une mauvaise petite amie, dire que l’on avait des hauts et des bas, que nos retours ne sont pas du tout romantiques, que l’on ne se fait pas de surprise. Et puis finalement je me suis aperçue que je n’étais pas la seule fille comme ça et ça m’a beaucoup rassurée d’en discuter en rigolant de nos expériences, avec les copines. Les réseaux sociaux peuvent aussi nous faire culpabiliser avec l’idée de ne pas être un couple si soudé et amoureux, visuellement parlant. »

Un départ est difficile, un retour peut l’être aussi, même si le monde extérieur attendrait de nous que l’on soit dans une joie parfaite. On peut être heureuse de retrouver son conjoint, mais on peut aussi appréhender. Ce n’est pas anodin de se séparer de son conjoint aussi souvent, cela peut laisser des traces. On s’est habitué à vivre seule pendant un temps, et tout à coup il faut le laisser re-rentrer dans notre vie. Cela demande de se préparer, tout autant que pour un départ.