Portrait d'une femme e militaire

Portrait d’une femme de militaire

Nous avons eu la joie de recevoir le témoignage de D, étudiante en cinquième année de médecine et femme de militaire. Elle nous partage aujourd’hui son quotidien particulier, son engagement envers son conjoint, et sa volonté de partager tout cela sur les réseaux sociaux.

 « Tout ce que je connaissais de l’armée, c’était le défilé du 14 juillet à la télévision ! »

Je ne connaissais rien à l’armée, mais par des fréquentations du lycée, j’avais beaucoup d’amis qui connaissaient un peu ce milieu, et certaines fantasmaient sur le fait d’être femme de militaire. De mon côté cela ne me faisait pas rêver. Et pour moi, une femme de militaire était forcément une femme qui restait beaucoup à la maison, une mère au foyer ou une infirmière !

A 19 ans, je me suis retrouvée un peu par hasard à un bal de Saint Cyr. J’y ai rencontré mon conjoint, qui a eu un gros coup de foudre pour moi. Je me suis très vite retrouvée à vivre une relation avec un militaire, un peu malgré moi. J’ai donc tout de suite été impliquée dans la vie professionnelle de G.

Lors du premier repas avec des militaires, je me suis sentie complètement perdue, car je ne comprenais rien à ce qu’il se disait. Mais, par chance G m’a tout expliqué, et au bout de deux ans de relation, j’avais beaucoup appris de l’univers militaire. Je pense qu’il est très important de s’impliquer dans ce monde qui est si particulier. Cela permet de donner du sens à ce qu’ils font. G est très fier de ce qu’il fait, et quand on aime un homme, on aime aussi son univers. 

 « Quand j’ai rencontré mon mari, il était déjà militaire. »

C’était très important pour moi de m’engager dans sa vie professionnelle. Il fallait que je puisse comprendre son métier, apprendre le vocabulaire, les grades, savoir comment se passait la vie au régiment, connaître les noms de ses collègues, saisir le sens des missions… Je devais pouvoir comprendre quand G me parlait de son travail. Il y a certaines choses que les militaires ne peuvent pas trop se dire entre collègues, notamment à cause de la hiérarchie. Et c’est bien qu’il puisse, quand il rentre à la maison, me parler de tous les aspects de son travail, se plaindre aussi. Il doit avoir l’impression que je le comprends. Les militaires doivent eux aussi s’impliquer à expliquer l’univers militaire à leur conjointe. Ne pas avoir de communication sur le plan professionnel peut être chaotique pour le couple.

Quand tu comprends mieux son univers, ce qu’il vit et pourquoi il le vit – car finalement, pour eux c’est une vraie vocation – c’est plus facile de le laisser partir. Je suis souvent contente que les départs le réjouissent. Il part pour de bonnes raisons, c’est un engagement qu’il a pris, et je veux vivre cet engagement avec lui. Ce que G fait pour son travail a beaucoup de sens pour moi.

 « Un équilibre de vie compliqué »

Etant de nature solitaire, les absences ne me dérange pas trop. Je trouve, en plus, les retrouvailles vraiment magiques : on a l’impression de se redécouvrir à chaque fois. Ce qui m’importe c’est la passion qu’il a pour son travail.

L’armée le sollicite beaucoup et j’ai l’impression de devoir toujours m’adapter à lui. Donc j’ai décidé de mettre mon point de priorité sur lui, tout en conciliant cela avec mes études. Par exemple, je choisis mes stages en fonction de lui. On a un calendrier commun où on note nos deux plannings comme cela on n’est pas trop surpris. J’ai parfois l’impression de vivre et de respirer l’armée. Je ne me comporte pas en femme soumise, mais j’essaye de m’adapter le plus possible à lui. Je souhaite que mon planning soit avantageux pour notre couple et pour G, qui a moins de flexibilité dans son travail. 

Nous sommes mariés depuis un an et demi mais nous vivons toujours en célibat géographique. Je travaille dans une ville différente de là où se trouve son régiment.  La semaine je bosse, je me donne à fond, et on se réserve une journée entière dans la semaine où on est tous les deux, et qu’on consacre aux moments de qualités. On a moins de routine au final. C’est pour moi un peu dur d’avoir un statut différent des autres étudiants, et il m’arrive parfois de remuer toute la fac pour que ça m’arrange. Que ce soit avantageux pour notre couple et pour G. Dans un an je vais devoir choisir ma ville et ma spécialité, et je choisirai en fonction de mon mari. En tant que femme de militaire on apprend à faire des concessions et à organiser son agenda en fonction de son mari. Je ne m’arrête pas de vivre mais je fais des concessions (dire non à une soirée copines quand G est à la maison par exemple). Cela reste pourtant très dur de ne pas vivre ensemble.

Je profite des absences pour me recentrer sur moi. Je bosse à fond et je profite de cette « liberté ». J’essaye d’exploiter au maximum ces temps-là pour moi. Je vais voir des amis ou de la famille.

 « L’image des militaires pour moi c’était Pearl Harbour ! »

Plus sérieusement, je pensais que l’armée était très organisée et prenait soin de ses hommes. Je me rends compte aujourd’hui qu’ils sont très sollicités, et surtout que l’armée est très imprévisible. Il n’y a que des imprévus ! Tant qu’ils ne sont pas dans l’avion, on ne sait pas s’ils vont partir, les dates de retour de mission changent tout le temps…etc.

Pour ce qui est des familles de militaire, au début, quand j’ai rencontré G, je n’ai pas eu que des expériences positives. J’ai connu des groupes de femmes de militaires très soudées mais qui restaient souvent entre elles, sans s’ouvrir aux autres.

Aujourd’hui, je participe à quelques dîners de femmes de militaire (où il y a aussi des femmes qui sont-elles mêmes militaires). On y parle de tout, pas forcément que de l’armée. Le jour où on rencontre des femmes comme nous, on a tellement à partager, on se console, on s’épaule. On vit une vie que d’autres ne peuvent pas comprendre. C’est important de se soutenir, surtout pendant les absences. Mais je pense qu’il ne faut pas s’enfermer dans ce milieu. Je fais attention à ne pas m’entourer que de femmes de militaire. Mais c’est un très bon moyen pour connaître du monde dans une ville qu’on ne connaît pas.

Sur Instagram, il s’est monté toute une communauté de femmes de militaires, dont tu fais partie, et ton propre compte fédère d’ailleurs pas mal de personnes. Pourquoi est-il important pour toi de partager cet aspect de ta vie ?  

Au début mon compte était simplement un loisir, mais j’ai voulu partager ma vie pour montrer qu’on n’est pas seule dans cette situation, et il y a beaucoup d’autres femmes comme nous qui vivent les mêmes difficultés. C’est une vie assez atypique et il était important pour moi de partager ça. Je reçois beaucoup de messages, notamment de personnes qui me demandent des conseils sur le célibat géographique, la compatibilité avec les études de médecine… Il est important d’apporter une aide et des conseils. Le métier de militaire était tellement différent des autres. Là, notre conjoint risque sa vie, et ce point change de tout. Car en risquant sa vie, il risque aussi celle de sa femme et de sa famille. Si ton conjoint vient à disparaître, ta vie ne sera plus jamais la même. Il n’existe aucun autre métier où on te demande de signer « au péril de ta vie ».

Sur Instagram, même si on ne se connaît pas en vrai, il existe un vrai soutien. On est toutes en situation de « mari fantôme » ! Il faut faire savoir qu’on n’est pas toute seule. C’est pour cela que je prends le risque de partager mon expérience. En effet, dès lors que je poste quelque chose, ça ne m’appartient plus. Mais je prends ce risque car pour moi c’est important d’être comprise et que les autres se sentent aussi comprises.

Je fais attention de ne pas trop partager quand même, car il faut être très prudent. Chaque fois que je poste une photo, je suis toujours dans l’hésitation. Je me demande si je ne mets pas en danger ma famille, mon couple, ou la carrière de mon mari. Mais il est tout de même important de partager pour que cela parle plus aux gens de l’extérieur. En effet, si tu n’es pas de ce monde, tu ne le connais pas et tu ne le comprends pas. Les réseaux sociaux témoignent de cette vie différente des autres, que l’on vit malgré nous. Je ne dis pas tout de notre vie non plus, je reste floue. Je veille à ne pas trop rentrer dans les détails, et ne pas trop exposer la vie de G.  

Un dernier mot ?

Je dirais aux futures femmes de militaire de ne pas avoir peur. Le métier de militaire est un beau métier. Cela demande des sacrifices, et c’est une organisation à mettre en place, mais c’est un bel engagement.