Suis-je faite pour être femme de militaire ?

Certaines femmes sont faites pour être femme de militaire, et d’autres non.

Qu’elle lève la main celle qui n’a jamais entendu cette phrase ! Pour certains, être femme de militaire serait une vocation, un appel, pour celles qui auraient les épaules construites exprès pour ce job.

Parce qu’il est difficile ce job, effectivement. Il demande de la force mentale, de la volonté, un sens du sacrifice, un don de soi. Ainsi, la femme de militaire devrait être une véritable héroïne. Elle serait telle Pénélope attendant patiemment Ulysse pendant vingt longues années, ne cessant jamais de tisser, de s’activer et d’espérer. Ne versant qu’une fois de temps en temps une larme nostalgique, le regard face à la mer, nous devrions toute avoir sa force d’âme innée en nous, depuis notre naissance. C’est notre destin, et nous l’acceptons sans trembler, parce que nous sommes faites pour cela. Nous sommes faites pour l’attente du héros, et c’est pour cela que nous sommes femmes de militaire.

Où est cette héroïne ?

Montrez-la moi cette femme, cette héroïne, créée de toute pièce pour ce rôle. Oui, montrez-la moi, si elle existe, celle qui aurait reçu à la naissance toutes les qualités indispensables pour survivre à la vie de femme de militaire.

Parce que clairement, je ne la connais pas. Et, en ce qui me concerne, je ne crois pas qu’une fée s’est un jour penchée sur mon berceau, m’attribuant toute les qualités de « la femme de militaire ». Au contraire, avant de rencontrer mon mari, jamais je n’aurais pensé avoir les épaules pour une telle mission.

Je suis de nature très anxieuse, hypersensible, et la solitude m’effraie. Sur le papier, ça ne semblait pas une

très bonne combinaison pour supporter l’absence, les départs, les imprévus, et bien sûr, le risque. Décrite de cette manière, j’aurais eu plutôt besoin d’un homme qui soit sans cesse à mes côtés, pour m’épauler et me rassurer. Mais le destin en a décidé autrement. La réalité est ainsi bien différente du fantasme.

Il n’existe pas de portrait-robot de la femme de militaire.

Pour avoir rencontré pas mal de femmes de militaire ces dernières années, je peux assurer qu’il n’y en a pas deux pareilles. Toutes ont leur personnalité propre, leurs forces et leurs faiblesses. Chacune est femme de militaire à sa manière. La raison de cette diversité, c’est qu’il n’y a pas non plus de portrait-robot du militaire. Chacun de nos hommes est différent, et apporte sa spécificité à l’armée. Et donc, à soldat unique, femme unique, c’est tout ce qu’il y a de plus logique. Et même si de leur côté, on peut effectivement croire à une certaine vocation (s’engager dans l’armée n’est pas un choix anodin), nous autres, femmes, nous restons finalement en base arrière. L’engagement que nous prenons, il est auprès d’eux, et pas auprès de l’armée.

Je ne sais pas comment tu fais, moi je ne pourrais pas !

Cette phrase, qui revient aussi très souvent dans notre entourage, peut également agacer. Elle cache là aussi un certaine image fantasmée de la femme de militaire. Je ne pensais pas pouvoir le faire non plus. La vérité, c’est qu’une fois dedans, on fait. Parce qu’on y bien obligées.

Et que fait-on d’ailleurs ? Nous encaissons les annonces de départ, nous traversons les absences, nous apprenons à vivre seule, nous préparons les retours, et nous jonglons avec les imprévus. Cela fait beaucoup quand on nous présente le tableau de cette manière. Et oui, avant la première Opex, on se dit qu’il nous sera impossible de survivre quatre mois sans lui. Et puis, finalement, les quatre mois passent, et nous vivons notre propre vie. Certes, certains jours sont plus difficiles que d’autres. Mais, en définitive, on continue à vivre. On se découvre des forces, et on apprend de nos faiblesses.

On ne naît pas femme de militaire, on le devient

La « vocation » de femme de militaire, est comme toute vocation, elle s’apprend. Ce n’est pas quelque chose qu’on est d’avance, mais quelque chose que l’on choisit. Un choix implique de renoncer à des choses, mais aussi de dire oui à l’inconnu. Et tant qu’on n’y a pas mis les pieds dedans, on ignore comment on va vivre les choses. Cela peut faire peur, mais il faut bien se dire que nous avons toutes des ressources inattendues, et que nous ne serons pas seule dans cette galère. Au lieu de se poser la question suis-je faite pour cela, disons-nous d’abord qu’en disant oui, en s’engageant auprès de notre militaire, nous sommes déjà une héroïne – du moins, pour lui !

Une femme avant d’être une femme de militaire

Je ne suis peut-être pas faite pour être femme de militaire, mais ce qui est certain, c’est que je suis faite pour être SA femme. Il ne sera pas militaire toute sa vie. Un jour ou l’autre il s’arrêtera. Et à ce moment j’aurais été femme de militaire, mais je ne le serais plus. En revanche, ce qui est sûre c’est que je serais toujours sa femme. Je resterais toujours auprès de lui, à l’accompagner dans ses choix, quels qu’ils soient.

Et tant qu’il est militaire, il y a des moments où je suis juste femme, juste épouse. Même si c’est un engagement fort, qui implique plus dans la vie qu’un travail classique, il existe des moments où, Dieu merci, il est autre chose qu’un militaire. Il est un mari, un père, un ami, un fan de sport ou un amateur de bon vin, peu importe. Il est lui. Retenons bien que nous tombons amoureuse de l’homme, pas du militaire. Et de même qu’un homme est multiple, une femme l’est aussi.

Oublions ce vieil adage, lorsque dans des moments de faiblesse, il nous arrive de remettre en question notre rôle auprès de lui. Mon mari me dit souvent que sans moi, il ne pourrait pas faire ce métier, car il n’aurait pas le soutien qu’il lui faut. Je retiens alors que je suis faite pour être à ses côtés, rien qu’en étant moi-même.

Tiphaine